La Maison du livre et NC 1ère partenaires

Publié le par NC 1ère

La Maison du livre et NC 1ère partenaires

Wallès Kotra et Frédéric Ohlen, Président de la Maison du Livre, ont signé hier, lundi 27 avril, une convention de partenariat pour la coproduction de l’émission littéraire Radio/Télé «Des Livres & Nous».
Cette convention officialise les engagements réciproques de NC1ère et la MLNC tant au niveau technique que du contenu, initiative originale entre deux structures de la sorte en Nouvelle-Calédonie.

Nous vous partageons le discours de Frédéric Ohlen qui revient sur les liens des Calédiens avec leur média.

DISCOURS

prononcé le 27 avril 2015

à la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie

à l’occasion la signature de la convention MLNC-NC 1re

pour l’émission Des Livres et nous.

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Madame et Messieurs les Directeurs de NC 1re,

des Antennes Télé & Radio,

Mesdames et Messieurs,

Au fil des ans, chaque Calédonien a tressé, avec sa radio puis sa télévision, une sorte de vie plus ou moins commune, de PACS plus ou moins clair. Ce fut d’abord, je m’en souviens, la voix familière d’un Raymond Lacroix ou d’un Jacques d’André, d’un Gérard Périer ou d’une Régine Reyne. Autant de repères fidèles... Rappelez-vous aussi, cette fois tout en chair et pixels, Luc Chevalier, conteur intarissable passionné d’histoire(s), la sensibilité lyrique d’une Jacqueline Sénès, allant confesser, en noir et blanc, et en 16 mm, les derniers témoins : tel cap-hornier centenaire conservé dans le sel et l’alcool, Minh, le gardien solitaire du village de la Tiébaghi, ou Fernande Leriche, écrivaine métisse, petite-fille de Naïtani et de James Paddon. Ce fut aussi le jeune Joseph Caihe cherchant avec moi, dans les rayons squelettiques du magasin Barrau, une veste, voire une cravate pour présenter son premier JT. Ce furent enfin ces cameramen cascadeurs qui, au temps de notre folle adolescence équestre, allaient, au péril de leur vie, s’allonger, pour de spectaculaires prises de vue, au milieu des obstacles.

Cette télé-là, cette radio-là étaient marquées par la proximité, par la bonhomie, par la conviction d’appartenir à un monde où chacun se connaissait et se reconnaissait, avec, pour autant, cela va de soi, les lunettes et les filtres de l’époque. Cela n’empêchait pas les rencontres : cette vision stupéfiante des marionnettes géantes de Mélanésia 2000, du général de Gaulle trébuchant, dans le flou, marchant au radar, sans lunettes, sur les trottoirs de Nouméa pour regagner sa DS…

Et puis, l’ancien monde a basculé. Il convenait de refonder au plus vite, bon gré, mal gré, notre pacte, rendre plus équitables, plus justes encore nos créations, nos réalisations, nos reportages, et que, du sommet à la base, tous y participe. Quant au livre, il aura connu, vous le savez, des fortunes diverses : chronique d’un amour ou d’un désamour, d’un déni ou d’un dédain. Un soir, un certain Wallès frappe un grand coup en présentant, à une heure de forte écoute, le recueil Vision d’insulaire d’un certain Nicolas…

Suivent des émissions par trop éphémères, quelques directs, trop rares, à la bibliothèque Bernheim. Mais le public reste encore, la plupart du temps, coupé de notre travail. Il n’a pas accès à nombre de séquences historiques : Pierre Gope au festival mondial du théâtre à Cuba, ou tel célèbre chorégraphe kanak à Saint-Pétersbourg. Rien donc, sur Richard Digoué en Russie ; rien ou presque pour Pierre Pudewa brûlant les planches à Limoges ou à la Comédie-Française. Quelques secondes à peine pour les écrivains calédoniens à Ouessant, Adelaïde ou Sydney…

Et cependant, la reconnaissance viendra bel et bien de l’extérieur : prix littéraires, distinctions, essais, traductions… Et si… et si tout cela méritait un peu plus qu’un regard ? Si cette identité, si cette autre parole, on pouvait les trouver là, dans et entre les lignes, chez Kurto ou Claudine, Fred ou Déwé ? Alors, quoi ! Quelle pesanteur nous fait jusqu’ici hésiter, alors que les preuves s’accumulent, que chaque voix se fait plus vive ? Des associations sont créées : écrivains, éditeurs, Maison du Livre. Des propositions sont faites. Insensiblement, les lignes bougent. Les frontières se déplacent. Un vent nouveau, venu de Polynésie, se met à souffler. Premier salon littéraire place To’ata. Et un temps d’antenne soudain redevenu élastique pour écouter ces auteurs, parfois venus de fort loin, faire pour nous le point sur l’Homme.

Les désirs se liguent enfin. Être dans le même lit-pays ; mieux : y faire les mêmes rêves ! Parler des livres, de nos livres… ? Oui, non seulement c’est possible, mais c’est nécessaire, aussi nécessaire que respirer ou voter, étudier, imaginer, voyager ! Pourquoi ? Pour renforcer et construire sans cesse notre humanité, pour mieux l’exprimer aux yeux du monde, cette terre-ci, pour mieux les chanter, face à l’universel, ce sol et ce ciel si particuliers.

Nous avons réussi là, il me semble, un mariage réputé difficile entre radio et télé, entre l’image et le livre, entre oralité et littérature, entre une modernité finalement assumée et la force de nos héritages. Se faire passeur, soit ! Dire, en effet, pas en une semaine ou en deux, mais continûment, sur des mois, des années, ce qui s’écrit ici, se lit, se pense, pour, tout à la fois, se délivrer de soi-même et se reconquérir.

Je suis fier du chemin accompli, et je voudrais remercier, très sincèrement, nos équipes de la Maison du Livre et de NC 1re, toutes celles et tous ceux qui, jour après jour, ont rendu cette aventure possible : Gilles, Pierre, Cris, Jean-Brice et tant d’autres, en régie ou sur le plateau, tous mobilisés pour que nos voix portent… Je ne les citerai pas tous, mais tous se reconnaîtront, je crois, dans cette phrase, signée Jacques Prévert, que j’ose leur proposer comme devise : « Il y a sur cette terre des gens qui s’entretuent ; c’est pas gai, je sais. Il y a aussi des gens qui s’entrevivent. Eux, j’irai les rejoindre. »

Frédéric Ohlen,

Président de la Maison du Livre.

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